Textes

Publié par Voisine

Grenade

 

Elle s’ouvre et explose, tache le mur, mes mains, les chaises, jaillit sur la vitre. Aigre-doux, légèrement pourri, son sang s’impose sur les couleurs plus claires, s’invite sur les blancs, s’échappe en fusantes gouttes  carmin, vers les murs. L’ouverture décolle ses territoires.

La cuisine retentit de ses taches.

 

J'écrase le rouge en petits cercles concentriques. Brandis un couteau, poursuis la découpe des lèvres. Dépèce, ramasse les semences d’un bain rouge, ôte les éléments de pourriture : Marrons imposés par le temps, rognent et foncent la peau, ramollissent les chairs. (Le marron est un rouge lâche et mou)

Les graines craquent comme des os-échardes dans la matière-langue. Satisfaction d’une laborieuse extraction : union détruite, corpuscules multipliés, voie ouverte à la couleur, à la mathématique.

Goûte le résultat liquéfié de la mise à bas. Jette les restes par la fenêtre.

 

Cri.

 

Douleurs plaquées

Douleurs plaquées contre un front,

Perceuse brandie depuis l’intérieur contre les barreaux frontaux,

Élancements du corps contre le métal, couinements de louve.

Se cogne, se rue contre les murs d’enceinte de sa tête verrouillée.

L’obscurité l'entoure d’un bain mortel.

Ça tremble les tripes dans le marais intérieur.

Le grognement ne peut plus investir la langue.

Seul le refus aurait pu éviter le couinement de la charrette.

Travail forcé depuis le naître, à casser à coups de pioche

les pierres éteintes et les statues humaines de l’absence.

Les a fait éclater sans remords.

 

Explication

 

Explication, punition par glissement de lettres encombrantes.

Rebondissent les mots perdus parmi les os brisés du silence.

Un fagot de non-sens sur ton dos courbé.

Mieux vaudrait te brûler,

la dureté de tes terres labourées y gagnerait en ivresse.

Sans ton regard retourné au berceau de ses cendres de nerfs,

la précision de l’ossature danse enfin le monde.

Disparaîtrai quand les mots deviendront obligatoires,

nous tiraillant comme des berniques du fond de nos corps

Mettrai une porte en fer à ma bouche jusque derrière mes yeux en leur caverne orbitale.

Éviterai les questions en armure qui exigent le marquage des chairs.

Le soleil regarde l’explication de biais, la fait fondre comme miel poisseux.

Elle défendait la matière du monde de ses flèches molles.

 

Retour au réel

Ma bouche saigne. De petits morceaux s’en détachent, les remâche,

M’assieds dans mon sang, 

Le bistouri du temps tremble.

Une main gantée de fer

Devenue os sur un mur,

Oubliée la langue commune.

Les oiseaux du temps, un squelette ricanant, des lambeaux de chair crevée à ses extrémités.

La voix engluée.

Les araignées de la folie ont percée la poche maternelle.

Seule la dévoration est réelle, un mensonge sculpté dans nos fronts.

Ton nom ne bat pas, l’intérieur de ses frontières m’est inconnu.

Tu as su m’épargner la pendaison.

 

Vie me brûle dans ma boîte de naissance.

Recueillie au bord du fleuve, on m’a recollée avec de la farine de poussière.

offert l’abandon des seins de la terre.

 

La mort se balade.

Les vieilles demandent le carnage à bras-le-corps.

Donnez-moi la guerre et les tourments!

 

Déjeuner

Commence une graduelle désorganisation.

Prise de mots sur le temps.

Éboulement de terrain intérieur.

L’être appuie sur les côtes, broie de l’os dans l’étroit chas des souvenances, appuie tant et si bien que l’angoisse gicle comme le pus du furoncle et l’englue dans son blanc.

Ça suinte sale.

Je empêche le sens défiguré de l’espace de l’aplatir. 

Le temps agonise suspendu à sa fenêtre. Il n’ose pas sauter.

Le déjeuner mal cimenté, lui lacère la tête à coups de pieds.

Elle aimerait tout rendre.